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Le mois dernier, Wallonie Design passait quelques jours à Eindhoven pour faire le plein de découvertes et de rencontres à la Dutch Design Week 2021. Ci-dessous, un bref compte-rendu de ce que nous avons pu y voir – avec l’énorme frustration de ne pas avoir tout vu ! Premier constat : le futur se dessine avec le design à la DDW21.


The Greater Number

Pour son 20e anniversaire, la Dutch Design Week a choisi le thème général The Greater Number. Un clin d’œil au nom donné à l’édition de 1968 de la Triennale de Milan, The Large Number. À l’époque, déjà, les propositions des designers appelaient à moins : moins de déchets, moins de consommation, moins de production… Des intentions qui font plus que résonner dans notre société actuelle et dans les propositions de la DDW21. Une réflexion qui aborde aussi l’impossibilité parfois encore prégnante de produire moins, incitant alors à revoir tous les aspects de nos méthodes de production.

 

« If less isn’t possible, when it comes to more, it should be better in terms of sustainability, value, different type of consumption. »
— Jorn Konijn, Responsable de la programmation de la Dutch Design Week

 

© Max Kneefel

 

 

Le futur se dessine à travers des thématiques transversales

L’équipe de la Dutch Design Week a utilisé la pandémie comme point de départ d’une réflexion sur nos habitudes, nos façons de penser, notre économie… En imaginant l’édition 2021, elle a rassemblé des projets et des réflexions qui incitent à envisager une économie du bien-être dans laquelle la qualité de vie primerait sur l’aspect économique. Celle-ci impliquerait des choix politiques clairement différents mais aussi des règles et des lois différentes, une autre organisation du travail et de l’espace urbain. L’aspect local y serait central, tout comme celui de la durabilité qui ne serait plus vue comme une fin en soi mais bien comme point de départ évident pour envisager le monde.

Des questionnements et des solutions en lien avec la problématique du climat, déréglé par notre économie basée sur la rapide et constante croissante, sont aussi présents à bien des égards. Une exposition au Klokgebouw interroge justement notre rapport à la nature : It’s in our nature, imaginée par Marleen van Bergeijk (en savoir plus).

 

© Cleo Goossen

 

 

L’inclusivité s’invite aussi autour de la table : on admet enfin et on affirme que le design n’est pas aussi neutre qu’on le croit au final… Les productions sont empreintes de valeurs, d’histoires et de significations propres. Plusieurs projets abordent cet aspect, on peut souligner celui de Community couture d’Aniela Fidler Wieruszewka, qui prend les vêtements comme source d’histoires individuelles, d’expériences collectives, d’objectifs partagés et d’espoirs pour l’avenir (en savoir plus).

 

 

Le rapport aux objets est questionné notamment au niveau de la valeur qui leur est consacrée. Celle-ci se base sur différents types d’interactions avec l’objet, pouvant être de l’ordre de l’émotionnel, historique, etc.  qui induisent des comportements distincts : en prendre soin, le réparer. La valeur financière de l’objet, quant à elle, varie aussi avec les moyens de productions et les valeurs qui y sont insufflées : qualité des matériaux, traitement, conditions de travail, provenance, etc. Le dialogue avec ces notions de valeur était exploré dans Value // Values du Studio Nienke Hoogvliet (en savoir plus).

 

© Boudewijn Bollmann

 

Il est évident que les designers ont un rôle important à jouer pour le futur en repensant leur métier, leur impact, leurs produits, leurs services… pour être à la base d’une société en changement.

 

 

Quelques projets à suivre

Le projet de nos compatriotes, Lucas De Man et Pascal Leboucq, trônait sur la Ketelhuisplein : il s’agissait de The Exploded View Beyond Building, une maison à taille réelle composée de plus d’une centaine de matériaux durables et naturels (en savoir plus)

 

À Leiden, la Circulair Warehuis récolte des tonnes de déchets par an. L’équipe trie les objets, qui sont vendus, recyclés ou jetés. Tout ce qui est encore utilisable et valorisable, est gardé et passe dans les mains des designers pour créer de nouveaux objets. La méthode se veut inclusive : les objets sont créés lors de workshops sociaux (en savoir plus).

Dans cette même idée de récupération et rejoignant les thématiques transversales de cette édition de la Dutch Design Week, la jeune designer Elisa Van Joolen a créé le concept EVJ BAGS : une collection limitée de sacs fabriqués à partir de sacs à provisions en plastique récupérés. Ces sacs ne sont pas à vendre, mais les utilisateurs peuvent les emprunter pour une période de six mois. Les propriétaires éphémères d’un sac s’engagent, contrat à l’appui, d’en prendre soin et de documenter sa vie, conférant de la valeur au produit (en savoir plus).

 

Une mention particulière pour la « relève »

À travers des expositions comme Class 21, proposant les travaux de fin d’études des étudiant·e·s des différentes écoles néerlandaises, ou la majestueuse exposition Graduation Show de la Design Academy Eindhoven, on peut sentir que la jeune génération pose un regard juste sur la société actuelle et est force de propositions diversifiées.

 

 

Avec son projet Unravelling the Coffee Bag, Rosana Escobar déconstruit les sacs de grains de café pour revenir au matériau de base, le fique, plante colombienne, qu’elle tente de détacher du marché duquel il dépend (en savoir plus). Ginevra Petrozzi propose quant à elle de questionner les données traitées par les réseaux sociaux, données trop aisément par leurs utilisateur·trice·s : dans Digital Esoterism, elle propose d’entrer en interaction avec le visiteur, et plus particulièrement avec les contenus sponsorisés d’un réseau social, pour en faire une lecture divinatoire. Une approche originale qui permet néanmoins une réflexion sur notre comportement numérique (en savoir plus).

 

 

 

Grâce à un programme savamment orchestré par la Dutch Design Foundation, Dutch Culture et l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas à Bruxelles – que nous remercions chaleureusement, nous avons pu rencontrer des directeurs·trices artistiques et, bien entendu, des designers qui nous ont expliqué leur vision du design en 2021. En parallèle, nous avons rencontré des représentant·e·s d’institutions liées d’une façon ou d’une autre au design : centres d’art, musées, établissements scolaires, centres de recherche, organismes d’événementiel… Les missions de Wallonie Design ont particulièrement plu à ces interlocuteurs et interlocutrices qui y ont vu une approche concrète et valorisante, tant bien du côté des designers que des entreprises.

Nous nous réjouissons d’ores et déjà des projets qui émergeront de ces contacts européens et internationaux noués sur place. Vivement la DDW22 !

 

 


 

Article rédigé par Cécilia Rigaux *
avec le soutien du Fonds européen de développement régional.