Dans nos sociétés actuelles, nous avons – en gros – deux types de sépultures : l’inhumation et la crémation. La designer Laura Stevens, lauréate du Sustainable Design HERA Award 2025, propose de se pencher sur la réduction organique des corps (ROC), soit la transformation du corps en compost, avec une approche design durable.
Il va sans dire que c’est un sujet jamais encore traité chez Wallonie Design et pourtant le décès fait partie intégrante de nos vies et de nos sociétés. Laura Stevens a écrit son mémoire de master en Design Industriel (ESA Saint-Luc Liège) sur l’étude de la réduction organique des corps et sur une proposition personnelle d’un dispositif de sépulture régénérative. Ayant remporté cette année le Sustainable Design HERA Award – dont Wallonie Design est partenaire, elle nous a fait l’honneur d’une rencontre.
Laura, pouvez-vous nous dire en dire plus sur votre parcours ?
Je viens des Ardennes belges, dans la région de Libramont. J’ai étudié en secondaires les sciences puis j’ai bifurqué vers l’enseignement artistique en 5e et 6e. Au final, le design, c’est un peu le mélange des deux !
C’est durant les portes ouvertes de l’ESA Saint-Luc Liège que j’ai choisi mon orientation en design industriel pour mes études supérieures. J’ai adoré ces cinq années, c’était beaucoup de travail certes, mais j’ai pu beaucoup apprendre, explorer, tester…
En master, j’ai voulu travailler sur des projets alliant simplicité et concrétude. Et pour le mémoire, j’étais intéressée à faire un projet sur l’écologie et j’ai beaucoup réfléchi au sujet à aborder… Au final, j’ai choisi le domaine funéraire : l’écologie doit encore y faire son chemin et le domaine propose un énorme champ libre aux innovations.
Quelle est la thématique de votre mémoire ?
J’ai décidé de me consacrer à un type de sépulture régénérative : le compostage humain, ou réduction organique des corps (ROC). J’ai travaillé les scénarios d’usage, la désidérabilité, mais surtout le contenant du corps. J’ai analysé d’abord la non écoresponsabilité des funérailles et les solutions qui existent, puis j’ai approfondi le compostage humain en tant que tel.
Par la suite, je me suis simplement penchée sur toutes les questions qui me passaient par la tête quant au sujet : technique, culturel, rites, sécurité, hygiène, finances, cadre légal, etc. Je me suis demandé comment le design pouvait aider à faire intégrer le compostage humain dans les mœurs en Belgique. Les aspects sécurité et désidérabilité étaient primordiaux pour moi.
Enfin, j’ai proposé un contenant pour la ROC : un cocon pour lequel j’ai étudié la technique, les matériaux, les usages, etc.












« Et si ce n’est pas un designer, qui fera ce lien entre nature, culture, technique et aspect durable ? »
– Extrait du mémoire de Laura Stevens
Qu’est-ce que ce mémoire et ce prix vous ont apporté ?
D’un point de vue personnel, j’ai pu démystifier le domaine funéraire, en apprendre plus sur le sujet… C’est quand même quelque chose de présent dans nos vies à toutes et tous, la mort. Et le jour où je traverserai cette épreuve, j’aurai au moins des connaissances en la matière.
Concernant le prix HERA, j’ai été très contente d’être lauréate, cela met en lumière le sujet, mon mémoire et la communication autour de cela tombe fort bien puisque je lance mon entreprise. La bourse m’a permis de visiter des initiatives de sépulture alternative aux États-Unis, en compagnie de Croque-Madame, l’entreprise dans laquelle j’ai réalisé mon stage. C’est un investissement dans ma carrière important et pour lequel je suis reconnaissante !




Quelles sont vos actualités et projets futurs ?
Je viens de créer mon entreprise de design funéraire durable, qui s’appelle Amour Toujours afin d’apporter des innovations dans ce domaine. J’ai conçu par exemple un linceul pour animal de compagnie ou encore des urnes. L’un des premiers objets que j’ai créés est un cercueil de crémation en bois local, avec le moins de colle possible, sans vernis… Mes objets sont durables et colorés, simples et écologiques. J’ai envie que les gens puissent personnaliser à leur guise leurs objets funéraires.
On entend de plus en plus parler de pratiques qui sortent de l’ordinaire lors des funérailles. Elles sont petites, mais bouleversantes au possible et dans le bon sens du terme. C’est petit à petit qu’on arrivera à bouger les choses. C’est là que je me positionne en attendant que le compostage humain devienne légal en Belgique. Je fais d’ailleurs partie d’une ASBL, Compostez-moi, qui milite pour la légalisation d’un mode de sépulture régénératif.




Auriez-vous des conseils pour les étudiant·es qui nous lisent ?
Pour le mémoire, je leur conseille de bien réfléchir le sujet. J’ai mis du temps à le choisir, je crois même que j’étais la dernière de la classe à le rendre… Mais quand je vois à quel point cela a été bénéfique pour moi, je recommande aux étudiant·es de trouver LE sujet qui les passionnera.
Autre point important : le stage. J’ai fait le mien chez une croque-mort ; c’est pour le moins original, je le concède. Le corps enseignant avait un peu de mal avec cela car il n’y avait de poste de designer existant dans cette entreprise. Cependant, Cléo Duponcheel, la fondatrice de Croque-Madame, voyait mille et une choses à réaliser en design ! J’ai dû me battre pour suivre mon intuition et j’ai bien fait car cela a été une source importante pour nourrir mon mémoire !
Vous pouvez lire le mémoire de Laura Stevens en cliquant ici.
La cérémonie des HERA Awards aura lieu le 17 avril prochain à Bruxelles (infos et inscriptions).
Le HERA Award Sustainable Design est un prix d’excellence organisé par la Fondation pour les Générations Futures avec le soutien du Fonds Philippe Rotthier pour les Générations Futures, et en partenariat avec Wallonie Design.