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De la routine à la créativité, des lieux physiques aux réseaux, des espaces hiérarchisés aux espaces dédiés, des journées de 8h aux horaires décalés, de la possession des outils à leur partage… nos modes de travail ont évolué, modifiant aussi la manière dont nous, travailleurs, occupons l’entreprise. Cette mutation pose des questions vitales pour les entreprises, auxquelles le design d’espace apporte des réponses très concrètes.  


L’actualité a mis en évidence un besoin accru d’adaptabilité dans l’organisation des espaces de travail. Proche ou éloigné, isolé ou en réunion, hors ligne ou connecté, en poste ou en déplacement, le statut du travailleur n’est plus stagnant. Pour une entreprise, offrir une réponse cohérente à cette réalité nécessite un regard global sur la fonction des espaces et sur la compréhension du comportement des travailleurs en leur sein.

Cette expertise, c’est celle des designers d’espace (DE), qui imaginent des lieux de travail optimisés pour répondre aux besoins générés par les nouvelles pratiques du travail. Au travers d’une réflexion approfondie sur les lieux qui centralisent les activités humaines de l’entreprise, le DE peut apporter des réponses complètes et concrètes à ses enjeux les plus actuels.

 

Aménager un espace de travail est plus qu’un acte cosmétique. Il s’agit bien d’un projet « total » dont les enjeux sont cruciaux pour l’entreprise :

  • Entretenir une dynamique collective [1]
  • Générer du bien-être individuel [2]
  • Accroître la productivité [3]
  • Satisfaire des exigences environnementales et sanitaires [4]
  • Entrer en dialogue avec – voire influencer – le monde extérieur [5]

 

    • Entretenir une dynamique collective

Alors que les espaces de travail avaient tendance à s’ouvrir pour privilégier la connexion et le rapprochement physique des collaborateurs entre eux, la crise du coronavirus a provoqué de profondes mutations dans nos modes de travail. Avec l’augmentation du travail à distance, le maintien du team spirit devient un véritable challenge pour qui doit garantir la poursuite d’objectifs communs. Mais l’éloignement ne sonne pas pour autant le glas du collectif. Du moins tant que les espaces de travail contribuent à entretenir, d’une part, la qualité des moments d’échanges en présentiel et, d’autre part, celle de la communication avec le monde extérieur.

En amenant le design comme un bienfait dans l’entreprise, capable d’accompagner le client dans une vision innovante de son développement, le DE peut l’aider à réinventer de nouveaux environnements collaboratifs, qui permettent de retrouver la dynamique et la synergie du contact et de l’échange, tout en y intégrant les équipements indispensables pour y parvenir.

 

Get your act together

Lors de sa collaboration avec Computerland à Alleur, Céline Poncelet, designer d’espace et fondatrice de l’Atelier Blink a proposé des solutions acoustiques, des apports de lumière naturelle et une ouverture de l’espace tout en créant une division des zones. Cela a permis d’offrir une plus grande flexibilité au sein du bureau, tout en préservant l’intimité et le confort de chacun.

L’essentiel, pour Computerland, c’était de faire des propositions nouvelles au personnel et d’impacter positivement les comportements, à commencer par partager un repas sain dans un mess convivial plutôt qu’un fast food à deux pas de là.

 

« Qui travaille avec qui ? Quels individus se croisent ou ne se croisent jamais ? Comment générer des échanges en agençant l’espace ? Une étude attentive du fonctionnement de l’entreprise est à la base de la revisite des lieux. Le statut du bureau a changé, il fallait s’y adapter »,

Quentin Poncelet, General Manager, Computerland

 

Qui travaille avec qui ? Quels individus se croisent ou ne se croisent jamais ? Comment générer des échanges en agençant l’espace ? Des questions posées par l’Atelier Blink chez Computerland.

 

  • Générer du bien-être individuel

En mai 2020, le confinement entrainait le travail à domicile à plein temps de 68% des Belges. Peu après, une enquête révélait que 79% d’entre eux ne souhaitaient pas prolonger l’expérience du télétravail permanent, lui préférant le travail à distance, dans des bureaux dits « satellites » [1].

Outre la limitation des contacts sociaux, une plus grande nécessité d’autodiscipline et la difficulté à discuter les questions importantes à distance, ils reprochent au travail à domicile le fait d’occasionner une confusion des espaces et des rôles (privé-pro, parent-employé, cohabitant-collègue), accentuée par des configurations d’espaces qui n’ont pas suivi cette réorganisation. Et qui, pourtant, jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des fonctions et le bien-être.

En travaillant sur l’ergonomie, le DE se concentre sur les mouvements, les déplacements, les actions et les interactions des collaborateurs. Il s’attache à concevoir ou à adapter l’environnement de l’entreprise à ses usagers et vise à créer un ensemble articulé qui intègre pleinement les éléments fonctionnels que sont le mobilier, l’éclairage, le matériel technique…etc.

Observation et empathie permettent au DE de distinguer l’évolution des besoins, non d’un seul individu à la tête d’une équipe, mais de l’ensemble des profils qui la composent. Parce qu’il considère de très près les besoins individuels, le DE impacte positivement le fonctionnement de l’entreprise toute entière. Il améliore ainsi le taux de présentéisme et facilite la gestion des effectifs en contribuant au bien-être, à l’attractivité et à la reconnaissance.

 

One size does not fit all

Le besoin de disposer de données de terrain amène le DE et son client à s’appuyer sur des enquêtes bottom-up menées auprès du personnel ou encore des analyses d’utilisations et d’occupation des espaces. Des bureaux d’audit externes en environnement de travail, tel que SpaceiD ont vu le jour : ils screenent les organisations, l’humain, les méthodes et les espaces à des fins d’amélioration de la qualité de vie au travail et d’optimisation des coûts. Les données sont récoltées sur le terrain via des études d’utilisations et d’occupation, des questionnaires en ligne ou encore des capteurs de qualité d’air.

 

« Le rapport d’analyse d’utilisation et d’occupation d’espaces permet au DE de proposer des solutions performantes. Il en ressort des espaces étudiés et en adéquation totale avec la façon de travailler de chacun. Les différents espaces de travail deviennent alors de véritable outil ! »,

Romain Wallon, Directeur artistique et Gérant, Wah Wah Design

 

SpaceiD met à disposition des DE des analyses qui mettent en comparaison l’image que se font les collaborateurs de leur travail quotidien et des données factuelles.

 

  • Garantir performance, croissance et productivité

La façon dont un espace est structuré n’est jamais totalement neutre. L’espace organisationnel d’une entreprise parle de son management, elle traduit souvent la structuration hiérarchique de l’entreprise. Mais les choses évoluent. Les espaces de travail doivent désormais être mis à contribution pour générer de l’intelligence collective. [2]

L’Activity Based Management appréhende l’aménagement de l’espace comme une technique managériale, ce qui n’éloigne pas pour autant le chef d’entreprise d’une prise en compte de la nature humaine du travail. L’aménagement de l’espace peut être un outil d’aide à l’atteinte de ses objectifs, qui pousse à poser un regard neuf sur les activités des collaborateurs. Il y trouvera une façon de créer un environnement dit « capacitant » en ligne avec ses ambitions et son organisation.[3]

 

Le DE propose des solutions à des problématiques, il ouvre les yeux sur de nouvelles réalités et il anticipe les évolutions futures. Pour lui, le changement n’est pas une fin en soi. Mais en bousculant les codes et les pratiques dans un sens constructif, en challengeant le management et en l’invitant à prendre du recul, il contribue à la performance de l’entreprise. 

 

Take over the lead on futur

Améliorer la collaboration, avoir des espaces en adéquation avec le travail des équipes, la culture et les valeurs d’entreprise, un endroit où l’on se sent bien, où l’on collabore davantage et qui casse les silos, tout cela pour renforcer la productivité et la connexion entre les collaborateurs, c’était le but de Gaming1 lorsque l’entreprise a fait appel au bureau bruxellois OOO (Out Of Office).

Emmenée par Anouk van Oordt, Fondatrice d’OOO, l’équipe projet a supprimé les open-spaces impersonnels au profit d’un lieu unique où les collaborateurs sont libres de travailler selon leurs objectifs de la journée. Il est composé d’espaces projets, d’espaces où les équipes agiles travaillent ensemble, d’espaces propices au brainstorming, d’un hub audio-visuel…

 

« La question était latente de considérer l’espace en mode « VUCA [4] ». Notre volonté : développer un concept autour de la connexion des collaborateurs, qui nous permette de nous adapter aux métiers existants et aux métiers en émergence, qui se créent au fur et à mesure de notre croissance. OOO nous a aidés à créer notre propre façon de travailler.», 

Audrey Niesten, Coach & Global Projects Manager, Gaming1

 

Emmenée par Anouk van Oordt, l’équipe d’OOO a conçu un lieu unique où les collaborateurs sont libres de travailler selon leurs objectifs de la journée.

 

  • Répondre aux enjeux sociétaux

L’entreprise d’aujourd’hui doit agir pour profiter à la société toute entière, participant à ses besoins et à ses défis. Face à des employés plus exigeants en matière de problématiques éthiques, sociales et environnementales, les managers adaptent leurs réponses.

L’entreprise moderne a la faculté d’aider ses employés à poursuivre l’exercice d’une citoyenneté responsable jusque dans la sphère professionnelle. Si je peux me rendre au travail à vélo parce que mon employeur met à ma disposition l’équipement nécessaire ; si, même au travail, je suis en mesure de trier mes déchets correctement ; si les lieux dans lesquels j’évolue font la part belle aux matériaux durables et s’ils sont éclairés de manière optimale ; si les espaces collectifs sont partagés, les consommables recyclés, les produits mieux pensés… c’est toute la confiance dans mon employeur qui s’en trouve renforcée.

Le DE travaille un tout : les espaces, certes, mais aussi les gens qui s’y meuvent, les matériaux qui les composent, les énergies qui leur donnent vie, les fonctions qui les divisent, les accès qui les situent, la vision qui les animent. Tous ces éléments étudiés par le DE apportent des réponses aux challenges sociaux, environnementaux de l’entreprise.

 

On the (sustainable) ball !

Le projet du TRAKK, structure d’accueil pour les projets et entreprises issus des industries numériques, culturelles et créatives, a été pris en charge par les bureaux Level Studio, NCBHAM, RM Architectes, Atelier de l’Arbre d’Or et BSolutions. Un « hub créatif », né de la volonté du BEP [5], du KIKK et de l’UNamur, destiné à intégrer des professionnels familiarisés avec les NWoW et les NWoL, les nouveaux modes de travail et d’apprentissage, davantage lié aux attentes et aux besoins des utilisateurs.

Les designers ont eu recours à des techniques de design paramétrique [6] qui, par la modélisation d’espaces complexes, optimisent la conception et les structures ainsi que l’usage des matériaux. Par exemple, elle tient compte davantage de leurs paramètres physiques et permet de réfléchir à leur cycle de vie.

 

« Le projet, nous l’avons d’abord vu dans son contexte, comme un outil à disposition du citoyen. Le TRAKK témoigne d’une perception nouvelle des individus, dans leur mode de travail, leurs déplacements et leurs échanges »,

 Stéphane Bernard, Architecte, LEVEL studio Architectes & Associés

 

Hub créatif, le TRAKK a été conçu par un consortium d’architectes et de designers, en vue d’intégrer des professionnels familiarisés avec les NWoW et les NWoL, les nouveaux modes de travail et d’apprentissage.

 

  • Entrer en dialogue avec le monde extérieur

Le design d’espace fait partie intégrante de la stratégie de communication de l’entreprise : il véhicule ses messages au même titre qu’un porte-parole, un agent commercial ou un packaging.

Toucher à la bulle de l’entreprise est un acte délicat, visible aussi de l’extérieur. En entrant dans la bulle, l’utilisateur / visiteur / consommateur vit une expérience déterminante qui orientera sans aucun doute ses choix futurs. Le DE peut enrichir cette expérience en travaillant, par exemple, la compréhension des services ou en encourageant des comportements cohérents avec la vision ou les objectifs.

L’influence du design d’espace n’a de limites que l’imagination du DE ! Vision, valeurs, positionnement… par les couleurs, les matières, les sens qu’il éveille, l’espace révèle l’entreprise, sa vision et ses valeurs. Considérer le positionnement de l’entreprise dans l’aménagement de son espace, c’est une plus-value importante du design d’espace.

 

A picture is worth 1000 words  

Dans toute entreprise, il y a une histoire. C’est elle qui fait le cœur du travail du DE. En cultivant un « concept » propre, il crée une image qui traduit l’identité de l’entreprise. C’est ce que révèle la collaboration entre Wah Wah Design et Schréder, où le DE a révélé le core business de l’entreprise – développer des éclairages publics innovants – au travers d’un travail minutieux sur la lumière, les couleurs et leur signification.

 

« Le storytelling renforce la confiance dans le projet et l’adhésion des collaborateurs. Les outils de contextualisation les renforcent et sont une aide précieuse à la décision »,

Aina Rakoto, Group R&D Business Operations Manager, Schréder

 

Aménagement des bureaux de l’entreprise Schréder réalisée par le studio Wah Wah Design – Photos © Gilles Lemoine, 2020

 

Le rôle des designers dans l’évolution des espaces de travail vous intéresse ? Ou, plus largement, le design d’espace ? Bienvenue chez Wallonie Design! La Wallonie regorge de designers talentueux dont notre équipe aime vous partager la vision et les réalisations. Retrouvez, par exemple, notre article complet consacré au Design d’espace. Vous y retrouverez, entre autres, les travaux de l’agence TwoDesigners (site web) ou encore de Sylvain Willenz Design Office (site web).

 

Cet article a été réalisé avec la collaboration de :

Wah Wah Design (Nivelles), Romain Wallon, Inspiring Workspace Designer : https://www.wahwahdesign.com/

Spaceid (Bruxelles, Liège), Jean-Baptiste Jacquemin, Architecte : https://www.spaceid.eu/

Schréder (Liège), Aina Rakoto, Group R&D Business Operations Manager : www.schreder.com

Atelier Blink (Anderlecht/Braine-l’Alleud), Céline Poncelet, Designer : http://atelierblink.com

Out Of Office (Uccle), Anouk van Oordt, Fondatrice : http://weareooo.be/out-of-office/

Gaming1 (Liège), Audrey Niesten, Coach & Global Project Manager : https://www.gaming1.com/en/

Level Studio (Namur), Stéphane Bernard, Architecte : www.levelstudio.eu

NC&BHAM (Uccle), Mauro Brigham, Creative Director : www.ncbham.be

TRAKK (Namur), Nathalie Van Goey, Chef de projet :  https://www.trakk.be/

 

 

Article rédigé par Emilie Parthoens avec le soutien du Fonds européen de développement régional.

 

 

 

 

 


[1] Source : « Le télétravail grand gagnant du confinement ? Pas si l’on en croit ces chiffres », La Libre Eco, 15 mai 2020, https://www.lalibre.be/economie/immo/le-teletravail-grand-gagnant-du-confinement-pas-si-l-on-en-croit-ses-chiffres-5ebe5b979978e24cfcbf421b

[2] « Le management et son espace organisationnel », Chronique de Sarah Kebaili, 19/12/2019,  https://www.journaldunet.com/management/direction-generale/1487744-le-management-et-son-espace-organisationnel/

[3] Lire à ce sujet : « Nouveaux espaces, nouvelles relations ? », Le Soir, 04/09/2019, mis à jour par Anne Rousseau, Professeur de Management organisationnel et humain à l’UCLouvain.

[4] V.U.C.A est une grille de lecture des environnements professionnels qui les analysent sous les angles de la volatilité (Volatility), de l’incertitude (Uncertainty), de la complexité (Complexity) et de l’ambiguïté (Ambiguity). Voir à ce sujet : « Prêt pour le monde VUCA ? », Sandra Rothenberger, La Libre, 14/06/2020,

[5] C’est le Bureau économique de la Province de Namur (BEP) qui est à l’origine de ce projet de réaffectation d’un ancien hall sportif (www.bep.be).

[6] Intéressé par ce sujet ? Voir aussi : « Conception : comment la modélisation paramétrique peut favoriser les interactions », Paul Falzon, Le Moniteur, 11/07/2018.